Allons-nous vers une réforme entrepreneuriale du modèle associatif ?

11-12-2017 SOCIETE LIBRE
Poser la question, c'est déjà y répondre disait le philosophe et il avait bien raison. Le rabibochage récent entre une petite partie (mais qui se veut représentative de l'ensemble) du secteur associatif et le gouvernement démontre encore une fois que le modèle associatif gêne nos dirigeants. Comme le disait Zezette dans le Père Noël est une ordure : "ça dépend, ça dépasse." Et nos associations ne rentrent pas dans les cases préétablies du modèle globalisé.

Oui, les associations sont de plus en plus nombreuses à exercer une activité économique. Mais à qui la faute ? Avons-nous souhaité développer des activités lucratives pour équilibrer (doux euphémisme) nos budgets ?

La défection de l'Etat dans la reconnaissance du service public rendu (et souvent demandé), le retrait suiviste des collectivités locales et la baisse sensible de l'investissement bénévole à long terme ont achevé la mue. Oui, nos associations ressemblent de plus en plus à des entreprises.

Elles en utilisent même le vocabulaire tel que l'insoutenable terme : "gouvernance" qui me fait monter systématiquement la moutarde au nez.

Pour un énarque, avoir une activité économique rémunératrice, c'est être une entreprise. Pas d'entre-deux possible. Habitué qu'il est à ne fréquenter que des associations, au chiffre d'affaires qui ferait baver d'envie de très nombreuses sociétés commerciales, le brave homme pense que nous sommes toutes aussi bien dotées.

Et ce ne sont pas les représentants du mouvement associatif ou du groupe SOS (dont le président Jean-Marc Borello vient de se voir confier une mission par Muriel Pénicaud) que le démentiront. Il faut négocier en nombre pour faire important et puis arriver au cas particulier pour partager. Pour paraphraser Michel Audiard : "les bénéfices ça se partage, l'exclusion, ça s'additionne."

Depuis des années, nous demandons une réforme du statut associatif pour séparer les structures qui n'en ont plus que le nom de celles qui en ont les usages. Hélas, la seule réponse apportée à nos prières a été cette loi ESS qui a accrédité l'idée que le fourre-tout économique était la meilleure réponse possible à notre déjà inextricable sac de noeuds. Là encore, au lieu de trier, le législateur a empilé.

Et l'ESS englobe toutes les associations, les coopératives (Scop et Scic), les mutuelles (assurances et banques), les fondations, des sociétés commerciales (avec un vague agrément Esus) et bientôt les fonds de dotation. Il ne manque que les autoentrepreneurs, les artisans et les Ubers dans cet inventaire à mourir de rire.

Alors quand le Premier ministre, Édouard Philippe, évoque "une réforme du modèle associatif afin de répondre aux mutations qui le touchent, de mieux accompagner son développement économique et de mieux reconnaître le bénévolat et l'engagement en général", plus personne ne réagit.

On le sait d'expérience, "mieux reconnaître le bénévolat" se traduit toujours dans la bouche de nos politiques par une baisse des subventions. "Pourquoi vouloir salarier des gens qui pourraient le faire gratuitement ?" m'a répondu une responsable de ma Direccte il y a peu de temps.

Pour ce qui concerne "Les mutations qui le touchent", elles sont principalement d'ordre économique attisées par des coupes sauvages dans les budgets nationaux et une obligation de résultats dans les directives européennes. Tout le reste n'est que faribole et comptines pour enfants.

Quant à l'engagement, c'est la cerise sur le gâteau. Le service civique est une bonne chose. Mais il a aussi importé au sein de nos structures, le virus du "bénévolat payant". Pas salarié et plus bénévole, le "volontaire" est un cheval de Troie à l'insu de son plein gré. Par sa présence souvent heureuse, il faut le préciser, il divise et sectorise sans en avoir l'air. Il est une mauvaise réponse à une bonne question.

Jean-Michel Blanquer, ci-devant ministre de l'Education Nationale et chargé de la vie associative a lâché subrepticement une petite phrase qui en dit long sur les intentions : "Tout l'enjeu consiste à renverser certaines logiques ayant jusqu'ici prévalu, et de favoriser l'engagement sans le dissocier du modèle économique des associations."

Dans son esprit, le renversement de certaines logiques se traduit par "Social Impact Bonds" (1). Et il n'est pas nécessaire d'avoir fait de hautes études pour comprendre ce que veut dire "favoriser l'engagement sans le dissocier du modèle économique des associations" dans un pays qui possède 10% de chômeurs. Sans compter les velléités de distribuer le RSA moyennant quelques heures de bénévolat...

Alors nos associations deviendront des entreprises de seconde zone qui auront comme principal (et non dit) objectif, de faire participer à l'effort national, une armée de chômeurs "trop éloignés de l'emploi" et corvéables à merci, dans un bénévolat qui aura perdu son âme et gardé son nom.

Dire qu'avec tout ça, je n'ai toujours pas pu caser les mots "disruption" et "disruptif" dans mes articles. Je vous souhaite un Joyeux Noël à tous.

En savoir plus
(1) Pour tout savoir sur l'opération "Social Impact Bonds", vous pouvez lire : My name is Bonds, Social Impact Bonds ainsi que Associations cherchent investisseurs privés pour faire du social à but lucratif sans oublier Association cherche entreprise pour relations privilégiées et gestion lucrative et Social Impact Bonds : Casino Royale ou Dangereusement vôtre.

Une lecture de notre best-seller (sur le sujet) s'impose : Une association n'est pas une entreprise, c'est l'INSEE qui le dit



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