Nous avons reçu, cette semaine, une lettre d'un bénévole associatif qui vit à Toulouse et qui aide sur son temps libre, l'antenne locale des Restos du coeur. Cette lettre nous a interpellé, tant ce qu'elle décrit nous semble correspondre à l'air du temps. Un temps dont les repères explosent les uns après les autres, sous les coups de boutoirs d'un "marché" libre de toute contrainte, débarrassé de toute régulation, et qui fonce sans entrave s'écraser de bon coeur contre le mur de la raison. A la demande de Jean, nous protégeons son anonymat. Jean n'est donc pas son prénom et C n'est pas la première lettre de son nom. Voici dans son intégralité, sa lettre. J'aide aux Restos du coeur depuis 2000. J'y suis allé parce que j'aimais beaucoup Coluche et que son association, sur Toulouse, aide vraiment les gens. Au début, je n'y allais qu'une fois par semaine. Puis, devant l'ampleur du travail, j'ai donné une soirée de plus. Cette antenne des Restos peut recevoir, en pleine campagne d'hiver, plus de 1500 personnes par jour. L'équipe bénévole est très sympa et l'ambiance nous aide dans les moments difficiles. En 2014, la société d'aéronautique qui m'employait a préféré délocaliser ses activités de R&D (le carnet de commande était pourtant plein) vers un pays plus avantageux. Rien d'exceptionnel aujourd'hui. Je me suis donc retrouvé à 56 ans au chômage. Naturellement, j'ai poursuivi mon activité aux Restos. Il était hors de question de laisser tomber tous ces gens qui comptent sur nous au quotidien. Ma recherche d'emploi est demeurée vaine. Trop vieux, trop cher, plus dans le coup, les qualificatifs ne manquent pas pour "laisser à l'écart" et plus le temps passe, plus mes économies fondent. Certes, les enfants sont grands et travaillent tous. Mon épouse est professeur des écoles, la maison est payée, notre situation n'est en aucun cas désespérée. Par simple comparaison avec la vie des gens que j'aide au quotidien à l'asso, je ne peux pas me plaindre. J'ai un toit, une famille aimante et de quoi payer mes cigarettes. Début 2015, j'ai fêté en compagnie de tous les amis des Restos, mes 15 ans en tant que bénévole. Je n'oublierai pas cette soirée à la fois simple et chaleureuse. J'ai eu droit à un immense gâteau que nous avons partagé avec tous ceux qui étaient là et la Clairette de Die coulait à flot. Bonheur d'être là, de donner du temps aux autres et de recevoir d'eux tant de sourires, tant de regards, tant de silences... Et puis, à la rentrée 2015, j'ai entendu que le président L.R. du Conseil Départemental de la Drôme, un certain Patrick Labaune, avait pris la décision de forcer les bénéficiaires du RSA à effectuer des heures de bénévolat au service des associations de son département. Je ne sais pas expliquer ce qui m'a pris. Mais cette mesure m'a mis en colère. J'ai pris ma plume et je lui ai envoyé une lettre un peu verte selon mon épouse. C'était un cri du coeur, un ras le bol aussi. J'ai tenté d'expliquer à cet homme combien sa décision était stupide. Etre bénévole, c'est s'engager librement, et gratuitement, dans une action au service des autres, sur son temps libre. Le fait de mettre en devoir, un bénéficiaire du RSA, à rendre compte de son activité bénévole auprès d'un représentant de l'Etat, est en contradiction totale avec la nature même d'un engagement basé sur le bénévolat. Peine perdue, je n'ai jamais eu la moindre réponse. Et pourtant, il me semble lui avoir posé une question simple à comprendre : - le bénévolat est-il toujours du bénévolat s'il est conditionné au versement d'une somme d'argent ? Après lui, d'autres présidents de Conseils Départementaux LR ont suivi son exemple et par simple surenchère, ils en sont à exiger la présentation des relevés bancaires des bénéficiaires du RSA à des fins de contrôle. On imagine sans peine que la prochaine étape sera la couleur de peau ou bien la religion pratiquée... Puisque ces politiques là nous tiennent dans un mépris total, quand ils se permettent de prendre en notre nom, des décisions inqualifiables de bassesses et de démagogies, je pense qu'il faut bloquer la machine. Je m'explique : ils souhaitent obliger les bénéficiaires du RSA à effectuer des heures de bénévolat pour mériter les 548,68 euros mensuels ? Très bien, parfait. En retour, nous exigeons que l'Etat verse le RSA à tous les bénévoles qui oeuvrent dans toutes les associations de France au nom de la simple équité. Je pense, mais je ne suis pas juriste, que pour cela, il faut déposer une QPC (question prioritaire de constitutionnalité) auprès du Conseil d'Etat. Vous pensez pouvoir nous aider dans ce combat ? Je vous propose donc de prendre contact avec le site qui nous transmettra vos coordonnées et ensemble, tentons de faire entendre raison à des hommes politiques qui ont les oreilles bouchées par un orgueil de caste, qui un jour, les étouffera. Soyons plus forts qu'eux, simplement parce que nous sommes les plus nombreux et que 10 cerveaux valent mieux qu'un seul. Bien à vous. Jean En savoir plus Signez la pétition : Le RSA doit être versé à tous les bénévoles Nous avons déjà reçu, à la date du 13-06-2016, de très nombreuses réactions. En voici une qui traduit bien le sentiment général. Témoignage de l'association Sibylline Océans Entièrement d'accord avec Jean, cessons de stigmatiser la misère quand les bénéficiaires du RSA sont déjà à la merci de la CAF, d'AS, etc... infantilisés et donc humiliés, qu'on leur coupe les vivres sans crier gare, que la saisine du CRA qui normalement suspend les décisions ne donne rien et qu'en plus les subventions aux associations sont inexistantes ! On nous prend vraiment pour des cons. Notre asso ne s'occupe pas de gens du RSA mais des gens du RSA sont bénévoles chez nous et si l'on avait l'argent, on les embaucherait avec grand plaisir. Il y a des compétences magnifiques qui méritent vraiment d'être valorisées autrement que par de simples "merci" et de petites attentions qui ne leur permettent malheureusement pas une vie décente (548 euros me semble bien élevée comme somme, n'est-ce pas moins de 500 euros ?). Quand l'humain sera-t-il placé au centre de la richesse sociale ? Quand cessera-t-on de pousser les "salauds de pauvres" vers la tombe. Ne rêvons pas, le RSA n'est là que pour éviter la révolte populaire et faire taire ses bénéficiaires.
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Moi Jean C. Bénévole, je souhaite être rémunéré Nous avons reçu, cette semaine, une lettre d'un bénévole associatif qui vit à Toulouse et qui aide sur son temps libre, l'antenne locale des Restos du coeur. Cette lettre nous a interpellé, tant ce qu'elle décrit nous ... <a href="https://www.loi1901.com/intranet/a_news/index_news.php?Id=2376" target="_blank">Lire la suite sur Loi1901.com</a>
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