08-05-2018  SOCIETE LIBRE

Seulement deux doigts, je suis pressé

Le 22 mai 2015, sur une route de la Loire, entre Saint-Forgeux-Lespinasse et Bessay-sur-Allier, il s'est passé quelque chose. A la fois faits-divers et fait de printemps, ce qui semble n'être qu'un incident dérisoire en dit long sur l'état de nos vibrionnantes existences. Dans une voiture, un homme et une femme. Ils discutent et visiblement se disputent aussi. Elle lui parle encore de son ex et il ne le supporte pas.

Soudain, à la hauteur du radar automatique de Saint-Forgeux-Lespinasse, l'homme ouvre sa fenêtre et fait un doigt d'honneur à la machine au moment même où le flash se déclenche.

Quelques kilomètres plus loin, près de Bessay-sur-Allier l'homme, qui visiblement connait bien la région, recommence son manège. Et devant un autre radar, il ouvre sa fenêtre et lui réitère un doigt d'honneur de fort belle facture. Le radar lui répond par un flash bien senti. Et de deux. Au Centre d'identification des infractions photographiées, basé à Rennes, les fonctionnaires sont dubitatifs.

Ils aperçoivent très bien les deux doigts d'honneur, mais pas l'immatriculation du véhicule identifié comme une Opel. Il semble que la plaque ait été masquée volontairement par un adhésif noir. La maréchaussée est requise et une enquête débute pour retrouver l'auteur, coupable d'excès de vitesse et d'une autre infraction visiblement très grave : avoir pointé son majeur, à deux reprises, en passant devant la cabine des radars.

Nous possédons la meilleure police du monde. Et nos fins limiers n'ont pas tardé à mettre la main sur ce délinquant récidiviste. Connaissant le droit sur le bout des doigts, les gendarmes interpellent l'individu qui prend alors conscience de l'engrenage judiciaire dans lequel il a mis ses deux doigts. L'officier principal, lors de l'interrogatoire, met le doigt sur l'importance du méfait et des peines de prison associées : de deux à quatre mois de prison ferme.

Mais pourquoi si cher pour deux malheureux doigts levés qui pourraient aussi n'être que des doigts mouillés ? Après tout, le temps était à l'orage le 22 mai et l'homme ne pouvait-il pas simplement chercher à savoir s'il pleuvait ? Il reconnaît bien sûr l'excès de vitesse et paie l'amende immédiatement. Mais il nie formellement les faits que le parquet lui reproche : outrage à fonctionnaires par extension (de doigts ?).

Devant l'évidence des photos prises par les radars, le délinquant finit par reconnaître les faits mais nie farouchement que c'était l'honneur des fonctionnaires qui était ainsi montrée du doigt. Il adressait en fait l'outrage à sa compagne qui, rappelez-vous, lui parlait encore de son ex. Pour le maquillage de la plaque d'immatriculation, ses explications semblent plus confuses.

Celle-ci aurait été maquillée par un ami auquel il avait prêté sa voiture la veille. Tarabiscotage et alambiquage sont les mamelles de son destin qui semble ne pas vouloir lever le petit doigt pour lui venir en aide. Le jour du procès arrive enfin. La salle est pleine et l'heure est grave. L'homme commence à s'en mordre les doigts. C'est que la prison est au bout du couloir...

Son avocat, malin, comme souvent, a plaidé un point de droit intéressant. En effet, notre code pénal ne reconnait pas l'outrage à une machine. De fait, l'outrage à une personne par extension ne peut pas exister non plus. Et il plaida la relaxe qu'il obtint les doigts dans le nez. Bien sûr, par finasserie sans doute, le tribunal condamna son client à une amende de 600 euros pour avoir maquillé sa plaque d'immatriculation.

Sitôt dehors, et sans doute pour arroser cela, le désormais homme libre a fait la tournée des bistrots. Un peu plus tard, mais très éméché, il a repris le volant de son Opel. Contrôlé par une patrouille qui l'avait sans doute à l'oeil, l'homme qui était à deux doigts de rentrer chez lui, a écopé de six mois de prison, dont quatre avec sursis, avec mise à l'épreuve pendant deux ans, une obligation de soins et une annulation de son permis de conduire avec interdiction de le repasser pendant six mois.

Mon petit doigt me dit que cette histoire aura coûté un bras au ministère de la justice. Tout ça pour qu'il finisse dans une prison, les doigts de pied en éventail, à ne rien faire de ses dix doigts.

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Le 22 mai 2015, sur une route de la Loire, entre Saint-Forgeux-Lespinasse et Bessay-sur-Allier, il s'est passé quelque chose. A la fois faits-divers et fait de printemps, ce qui semble n'être qu'un incident dérisoire en ...  <a href="https://www.loi1901.com/intranet/a_news/index_news.php?Id=2478" target="_blank">Lire la suite sur Loi1901.com</a>

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