Bonnet d'âne pour l'Agence Nationale de Lutte contre l'Illettrisme ?

25-10-2016 ACTUASSO LIBRE
L'Agence Nationale de Lutte contre l'Illettrisme - ANLCI - a été créée en 2000. C'est un groupement d'intérêt public chargé de fédérer les moyens de toutes les parties prenantes en matière de lutte contre l'illettrisme. Seize ans après, le bilan est lourd : 2,5 millions de personnes incapables de lire et comprendre un texte. Cette situation classe la France au 22ème rang (sur 24) des pays développés selon l'OCDE - Organisation de Coopération et de Développement Économiques - pas de quoi être fier du résultat...

A l'heure où l'ANLCI va être avalée, puis digérée, par l'Agence nationale de la langue française pour la cohésion sociale (janvier 2017), on ne peut que s'alarmer d'une situation qui ne cesse de se détériorer.

Contrairement aux idées reçues, il ne s'agit pas que de jeunes et d'immigrés. Les 18-25 ans ne représentent que 9% de la population illettrée (contre 15 % de la population totale, selon l'Insee), alors que 30% des plus de 55 ans ont des difficultés pour lire et écrire (ils ne sont que 20% de la population française totale). Enfin, plus de la moitié exerce une activité professionnelle. La lutte contre l'illettrisme ne peut donc être menée sans l'intégrer au monde du travail, ce qui est loin d'être le cas.

En dehors de la polémique qui oppose le Canard enchaîné et l'ANLCI, dans laquelle nous ne souhaitons pas entrer (1), force est de constater que dans son combat contre l'illettrisme, l'agence n'a pas gagné. Certes, le nombre d'illettrés a été réduit de 20 % entre 2004 et 2012 avec 3,1 millions de personnes confrontées à l'illettrisme en 2004 contre 2,5 millions en 2012 (enquête IVQ Insee-ANLCI). Mais, de là à dire que tout va bien comme le déclare Marie-Thérèse Geffroy, la présidente de l'Agence, il y a un pas que nous ne franchirons pas.

De plus, il est utile de rappeler une évidence : comment comptabiliser le nombre de personnes illettrées ? Si nous prenons l'enquête IVQ Insee-ANLCI, (la seule à proposer des chiffres fiables selon l'ANLCI : "un échantillon de 13 750 personnes âgées de 16 à 65 ans vivant en France métropolitaine, ce qui représente environ 40 millions de personnes". Entre la marge d'erreur de ce type de "comptage" et l'approximation sur les "40 millions de personnes", il me semble que dire : "le nombre d'illettrés a été réduit de 20 % entre 2004 et 2012 (de 3,1 millions en 2004 à 2,5 millions en 2012)" est pour le moins très optimiste... (2)

Ce qui est certain, c'est que ni l'Etat, ni les partenaires, ni l'Agence ne sont en mesure d'apporter des réponses convaincantes pour lutter contre ce fléau. Les associations de terrain, qui ne portent pas l'Agence dans leur coeur, dénoncent pêle-mêle :
- une communication à outrance qui n'a d'autre objet que de valoriser l'ANLCI,
- des chargés de missions régionaux sans pouvoir et en trop petit nombre, ce qui entraînent des relations difficiles (retrait ou suppression des subventions, incompréhension du problème, etc.) avec les pouvoirs locaux pour les acteurs de terrain,
- le manque d'évaluation des structures chargées de lutter contre l'illettrisme,
- l'absence de toute coordination entre les différents acteurs de terrain (il n'existe par exemple, aucune Fédération nationale),
- une nette préférence pour les "grosses boites privées" contre les structures associatives,
- etc.

Ce que l'on ressent, en revanche, c'est la lutte de pouvoirs qui oppose Marie-Thérèse Geffroy à Thierry Lepaon (futur directeur de l'Agence de la langue française pour la cohésion sociale) pour la conservation ou la dilution de l'ANLCI au sein de l'ALFCS.

Entre la préservation des avantages liés à la fonction pour la première et le salaire exigé par le second, les seuls perdants de ce match nul, au sens premier du terme, sont les illettrés pour qui demain sera comme aujourd'hui : un brouillard de lettres et de mots dont le sens et l'essence resteront un monde interdit.

En savoir plus
(1) Le Canard enchaîné a pu se procurer le pré rapport complet de la Cour des comptes concernant l'action de l'ANLCI pour les années 2009-2014. Et, selon l'article, le bilan n'est pas probant du tout. Les conclusions du journaliste rejoignent par ailleurs les reproches formulés par les associations de terrain. L'Agence, de son côté, se contente de fournir des extraits choisis de ce document, extraits valorisants, il va sans dire... Extraits du relevé d'observations définitives que la Cour des comptes a adressé à l'ANLCI - période 2009-2014

(2) Pour la première fois, nous disposons de chiffres fiables sur l'évolution de l'illettrisme en France depuis 2004 - ANLCI

Illettrisme : il ne suffit pas de communiquer : pétition à destination de l'ANLCI

Pour en savoir plus : Illettrisme grande cause nationale et abandon local



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