Des armes silencieuses pour des guerres sans bruits

25-02-2019 SOCIETE LIBRE
Nous empruntons le titre de cet article à M. Lyle Hartford Van Dyke (1), auteur américain plutôt controversé, voire sulfureux. Peu importe, l'objet ici, n'est pas de rendre hommage à ses théories ni de verser dans un complotisme débridé, ce n'est pas le genre de la maison. En revanche, il est intéressant d'analyser certains de ses écrits, qui datent de 1979, et de les confronter avec notre situation actuelle. Toute ressemblance avec des faits ou des activités d'aujourd'hui ne serait être totalement fortuite.

Il est important de signaler que ces "stratégies de manipulation de masse" ne doivent pas être interprétées comme étant l'oeuvre d'un complot visant à affaiblir un pays ou sa population pour servir les intérêts d'un petit groupe de personnes.

En effet, nul ne peut espérer asservir une population en appliquant simplement ce type de stratégies. Tout d'abord parce que la complexité d'un peuple ne peut pas se calculer aussi simplement et que ses réactions demeurent, et c'est heureux, aussi imprévisibles qu'un tsunami après un tremblement de terre. Ensuite, dans une démocratie comme la nôtre, les différents clans politiques ainsi que les corps intermédiaires et enfin la presse, rendent la réussite de ces "stratégies de manipulation de masse" assez aléatoire.

Mais, comme le fait remarquer le très conservateur "Wall Street Journal" dans un article sur les difficultés que rencontre notre président pour appliquer son programme : "M. Macron n'est ni à droite ni à gauche, car ce qu'il représente n'est pas une idéologie, mais une caste. Sa base est l'élite méritocratique de la France, les personnes qui ont bénéficié des mêmes tendances mondiales, qui ont laissé la plupart du pays derrière."

Notre président, depuis le mois de mai 2017, a cherché à faire exploser les partis politiques (il y est parvenu). Ensuite, il a souhaité contourner les corps intermédiaires (c'est indiscutable). Il a poussé aux commandes du pays une "société civile" hors sol, dont même le "Wall Street Journal" se moque au travers des propos tenus par Gilles Le Gendre : "Nous étions probablement trop intelligents, trop subtils pour être compris des Français". Enfin, il bénéficie d'une mansuétude de la part des principaux médias qui ne peut qu'interroger.

Bien sûr, cela ne transforme pas notre pays en "démocrature" comme l'annonçait pourtant le sociologue français Gérard Mermet, inventeur de cet oxymore, dans son ouvrage : "Démocrature : comment les médias transforment la démocratie" paru en 1987 (2). Mais, si la France n'est pas une "démocrature", est-elle encore une démocratie ? Voici donc ci-dessous, les "stratégies de manipulation de masse" selon M. Lyle Hartford Van Dyke. Chacun jugera ensuite de leur pertinence ou de leur ineptie.

1 La stratégie de la distraction
Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l'attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions, d'informations insignifiantes ou de faits détournés et qui passent en boucle sur les chaînes d'information.

2 La stratégie de la dégradation
Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l'appliquer progressivement, en "dégradé", sur une durée de 10 ans. C'est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n'assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s'ils avaient été appliqués brutalement.

3 La stratégie du différé
Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme "douloureuse mais nécessaire", en obtenant l'accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d'accepter un sacrifice futur qu'un sacrifice immédiat. D'abord parce que l'effort n'est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que "tout ira mieux demain" et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s'habituer à l'idée du changement et l'accepter avec résignation lorsque le moment sera venu.

4 Faire appel à l'émotionnel plutôt qu'à la réflexion
Faire appel à l'émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l'analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l'utilisation du registre émotionnel permet d'ouvrir la porte d'accès à l'inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements.

5 Remplacer la révolte par la culpabilité
Faire croire à l'individu qu'il est seul responsable de son malheur, à cause de l'insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l'individu s'auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l'un des effets est l'inhibition de l'action. Et sans action, pas de révolte.

En savoir plus
(1) Hartford Van Dyke Lyle - Armes silencieuses pour guerres tranquilles

(2) Gérard Mermet. Démocrature. Comment les médias transforment la démocratie

Lire l'excellent article "Le lavage de cerveaux en liberté" par Noam Chomsky sur le Monde Diplomatique



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