Dire que tout a commencé avec une promotion sur le Nutella

10-12-2018 SOCIETE LIBRE
Au début de l'année 2018, les journaux télévisés ouvraient tous sur des échauffourées, des bousculades et autres mouvements de foule, occasionnés par une promotion sur les pots de Nutella du 25 au 27 janvier dans les magasins Intermarché. Ils donnaient à voir des gens qui se battaient pour obtenir le précieux pot de 950 grammes vendu 70 % moins cher (à 1,41 euro contre 4,70 euros d'ordinaire). Comment pouvait-on en arriver là ?

Bien sûr, nous fûmes nombreux à trouver ces images choquantes. Comment imaginer, que la France de 2018, enfantait des citoyens prêts à en découdre pour un pot de Nutella ?

Ce que nous donnaient à voir nos écrans n'était pas l'évasion réussie d'un groupe de malades d'un hôpital psychiatrique, mais l'expression même de la misère dans laquelle vivent des millions de Français. Oui, on peut se battre pour économiser 3,29 euros sur un pot de Nutella. Le traitement de cette information par les médias et certains hommes politiques n'a été que mépris et condescendance.

Or, tous les ingrédients d'une très grosse colère étaient là, sous les yeux consternés des commentateurs distanciés et classieux de la "chose" publique. Car dans les vidéos qui montraient les émeutes dans les magasins Intermarché, il n'y avait pas seulement de la rage, mais aussi une énorme fatigue qui se lisait sur ces visages inquiets et creusés. Etions-nous en Hongrie ou en Roumanie ? Non, nous étions en France, dans le Nord, le Pas-de-Calais, l'Oise mais aussi le Rhône, l'Isère ou le Sud.

Du mois de mars au mois de juillet 2018, le président de la République s'est autorisé quelques déclarations pour le moins déplacées : "Gaulois réfractaires aux réformes", "Les retraités ne doivent pas se plaindre", "On met un pognon de dingue dans les minima sociaux", etc. La vitesse est limitée à 80km/h sur les routes et les carburants continuent d'augmenter. Dans les cafés, la limitation de vitesse passe très mal.

Le 15 juillet 2018, la France est sacrée Championne du monde de Football. La foule est en liesse et sur les Champs Elysées, ils sont nombreux à attendre le bus des champions du monde. Après de longues heures d'attente, le bus arrive enfin sur la place de l'Etoile. Il mettra exactement 12 minutes pour effectuer la descente protégé par des barrières. C'est une foule frustrée et en colère qui quitte Paris ce soir là. Et dans les cafés, les regards s'endurcissent.

Le 18 juillet 2018, éclate l'affaire Benalla. Une affaire qui met en lumière des dysfonctionnements graves au niveau de l'Elysée, d'ailleurs reconnus dans un premier temps par Emmanuel Macron, le 22 juillet. Mais dès le 24 juillet, le président se transforme en bateleur de foire et hurle devant un parterre d'aficionados : "Le responsable, c'est moi, qu'ils viennent me chercher !" Dans les cafés, c'est la stupeur. Comment peut-il se comporter comme ça.

Au mois de septembre, lors des Journées du patrimoine, le président est interpellé par un jeune homme de 25 ans qui peine à trouver un emploi dans son secteur, l'horticulture. Le président lui a alors affirmé : "Il faut y aller ! Maintenant, hôtels, cafés, restaurants, je traverse la rue, je vous en trouve, moi !". Les réseaux sociaux s'emparent de la phrase, et malgré l'humour des internautes, le mépris est patent. Dans les cafés, les poings commencent à se serrer au fond des poches...

Début octobre, le Premier ministre vient expliquer à la télévision les nombreuses réformes que le parlement a votées. De la suppression de l'ISF au changement de statut de la SNCF, il annonce fièrement que les réformes à venir des retraites et du chômage auront la même réussite. Cette auto-congratulation donne l'impression que le technocrate a maté le peuple. Dans les cafés, les regards se détournent de l'écran de télévision.

Le 10 octobre, un chauffeur routier, Eric Drouet met en ligne sur Facebook (1) un événement "Gilets Jaunes" pour protester contre la hausse des taxes sur les carburants. Huit jours plus tard, l'hypnothérapeute Jacline Mouraud publie une vidéo pour dénoncer la chasse aux automobilistes. Trois jours après, une micro-entrepreneuse de 33 ans, Priscillia Ludosky met en ligne une pétition réclamant la baisse des prix à la pompe. Elle récolte des centaines de milliers de signatures en à peine quelques jours. Dans les cafés, on ne parle que de la grogne qui monte.

La suite, nous la connaissons tous. Hier au soir, le président a fait des annonces qui ne peuvent convenir à un mouvement dont les revendications se sont structurées au fil des manifestations. Les Gilets jaunes vont continuer car l'allocution présidentielle, malgré la faiblesse des propositions, prouve au moins une chose : la lutte paie. Et c'est ce que la population de ce pays a compris. Ne rien lâcher sera, à n'en pas douter, le mot d'ordre des 15 jours qui viennent. Et dans les cafés, le sourire est désormais de mise.



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