Fêtes des enfants nus

08-11-2016 SOCIETE LIBRE
Il saute à croche-pied, dodelinant de la tête comme un animal songeur. Visage maculé de boue ou bien de suie, l'image n'est pas nette. Le vent, par rafales, ébouriffe ses cheveux comme une main maternelle. Il a dans sa poche droite, un ressort de cahier qui s'agite au rythme de ses cabrioles. Trésor souverain de l'enfance, il joue. Allumette-bateau sur flaque-lac, la bise pousse l'esquif vers les rivages lointains du pays de son âge où il fait si bon vivre, malgré la tente froide et mouillée, les mains vides du père et les larmes de la nuit versées sur ceux qui sont restés là-bas.

Jaurès, mon bon Jaurès, qu'ont-ils fait de cette jeunesse qui pousse comme l'herbe sous les arches glacées de ton métro? Parias mondialisés d'une terre absurde où seuls les hommes ne peuvent circuler.

Que faire de ces gens que la guerre pousse vers nous qui bombardons chez eux un ennemi commun ? Que dire à nos enfants de ces tentes qui ressemblent à des champignons ? Qui a créé quoi ? De l'hydre sauvage qui tue ici comme là-bas à l'armada d'une coalition si mal assortie, comment comprendre ? Je te dis, tu me crois, et pourquoi nos mots comme nos morts ne peuvent s'empêcher de trier du foulard à la croix ? La misère du monde ne peut s'accueillir dit-on, surtout si de nombreuse elle arrive innombrable. Et nos rues deviennent des champignonnières.

Je te regarde, étranger, tu as deux bras comme moi, deux jambes aussi et ton regard brille tout autant. C'est ta bouche qui te trahit, ton sourire est bien plus large que le mien. Et pourtant... peut-on imaginer un Paris bombardé ? Immeubles éventrés, Notre-Dame arrachée, passerelle saint-André-des-arts pendante comme un bracelet de cadenas rouillés, sacs de sable partout, plus de vie nulle part et... où irions-nous ? Serions-nous différents de ces ombres emmaillotées de papier journal qui gèlent sous les arches venteuses du métro aérien ? Il faudra bien un jour que la question se pose.

Gymnopédies : "Fêtes des enfants nus" en grec. (1)
La musique coule du piano tel serpent levantin glissant sournoisement des pages de Salammbô. Avancez notes licencieuses, dépliez votre grâce "origami sonore" (2) et laissez-moi lire au travers de vous... Est-ce le vent du désert que vos croches lascives tentent de masquer, ou bien la marche lente et douloureuse d'un peuple déraciné...

Et les doigts éphémères d'une blonde pianiste égrènent sur mon âme la musique éthérée d'un Satie rigolard. Il neige sur Paris.

En savoir plus
(1) Les Gymnopédies sont des pièces musicales légères et atypiques qui cassent délibérément de nombreuses règles "immuables" de la musique classique. C'est après avoir lu "Salammbô" de Gustave Flaubert que Satie a eu l'idée de composer les 3 Gymnopédies pour piano inspirées par les danses de l'antiquité grecque.

(2) L'origami est l'art du pliage du papier. Le mot vient du japonais. Les Gymnopédies peuvent donner cette impression de musique pliée, impression totalement subjective, naturellement.



Depuis 1999 au service des associations

Communic'Asso : pour communiquer auprès des associations

Logiciel comptable pour associations : Comptasso-win TXA

Votre site internet complet à un prix associatif