J'arrive où je suis étranger ou un âge de grande frustration

16-04-2018 SOCIETE LIBRE
On peut dire ce que l'on veut du mouvement de grève qui secoue en ce moment les universités. Etre pour ou contre ou même dubitatif sur son bien-fondé, mais au moins ne peut-on pas douter de la détermination de nos jeunes. Ils sont là et bien là. Pour ceux qui comme moi, ont largement dépassé la date de péremption, cette colère est revigorante. Au sortir d'un hiver interminable, ils nous donnent un coup de printemps aux fesses et cela fait du bien.

Ceux dont la jeunesse n'a pas pris une ride me comprendront. Les autres étaient de vieux jeunes, ils sont aujourd'hui de vieux vieux, qu'ils passent leur chemin.

Avoir 19 ou 20 ans aujourd'hui en France, ce n'est pas facile. Bien sûr, chaque génération a eu son lot de difficultés au même âge quand ce n'était pas la guerre. Et cette génération là n'est sans doute pas plus à plaindre que les précédentes. Sauf que... On le sent tous confusément, quelque chose est cassé dans le fonctionnement global de nos sociétés.

Difficile de l'expliquer avec précision tant la douleur est diffuse. Mais on sait que le ressort manque de tonus, que ce qui faisait le liant entre tous est aujourd'hui relâché, que l'avenir risque de ressembler au passé. Bref, nous manquons de perspectives.

Quand le discours politique ne fait plus rêver, car pratiqué par des comptables. Quand le citoyen est surtout un consommateur dont dépend le PIB. Quand l'ascenseur social est privatisé et qu'il ne reste que les escaliers. Quand la famille se recompose et que l'amour se décompose. Quand le climat menace et que la banquise fond. Quand on a 19 ans ou quand on a 20 ans, qu'on a tout son temps et cet horizon...

Nous sommes la génération de l'amour libre et sans Sida, du plein emploi, des loyers pas chers, des lendemains qui pouvaient chanter et d'un avenir meilleur que celui de nos parents. Nous avons fait bombance, la peau du ventre bien tendue merci petit Jésus. Mais, nous avons pris soin de laisser l'addition à nos enfants. Et ils n'ont pas le moindre sous vaillant pour en payer le premier centime.

Que dire à un jeune homme de 19 ans, coincé entre les difficultés de son âge et sa perception éclairée de l'avenir ? Que répondre à ses légitimes interrogations, à ses doutes, à sa peur d'une vie grande comme un rêve et opaque à souhait ? Il reste la poésie, celle de nos jeunes années et de nos vieux jours. Celle qui toujours agite en rimes nos incertitudes et nos croyances.

Alors je lui lirai Aragon : "J'arrive où je suis étranger."
"Rien n'est précaire comme vivre / Rien comme être n'est passager / C'est un peu fondre pour le givre / Et pour le vent être léger / J'arrive où je suis étranger." La vie est une Amérique toujours à découvrir.
J'arrive où je suis étranger



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