La petite mort de Twitter

28-03-2017 SOCIETE LIBRE
Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais j'aime bien Twitter. Enfin, j'aimais bien Twitter. Car force est de constater que le gazouillis a changé de nature. Pendant des années, le petit oiseau bleu m'a apporté beaucoup de plaisir. J'étais bien dans son nid. Et puis, petit à petit, le pépiement s'est transformé. Trop de coups de becs sans talent, de discussions sans fond, d'échanges sans fin. Mais le pire était à venir... Il devait prendre la forme de l'inconsistance sirupeuse du communicant.

Chaque candidat possède maintenant son staff de petites mains chargées d'agiter la Twittosphère avec de l'air. C'est du convenu, de l'attendu, de la "com".

Et notre vaste agora chaotique où l'on trouvait et à boire et à manger perd jour après jour ses partisans excités, ses trolls systématiques, ses fins analystes anonymes, ses blagueurs à répétition, ses fous de l'archive et son trop plein de gens comme moi qui réagissent simplement et fortement à ce qu'ils voient.

Bien sûr, ce n'était pas toujours très malin et même parfois très bête, mais il y avait quelque chose de gai, de vivant, d'impertinent, comme une petite démocratie en action.

Twitter, c'était vivre collectivement l'événement sans avoir à subir la présence physique d'autres humains. Etre seul au milieu des autres. Le paradoxe de la chanson de Souchon (Ultra Moderne Solitude 1988) sans les larmes. Souvenez-vous : "Pourquoi ces rivières / Soudain sur les joues qui coulent / Dans la fourmilière / C'est l'Ultra Moderne Solitude." Twitter, c'était ultra moderne, c'était aussi la solitude, mais dans une pensée commune.

La révolte sur Twitter pouvait être à la fois aussi bête et méchante que Christine Angot face à Fillon dans l'Emission politique sur France 2, mais aussi tellement vraie, tellement nécessaire, tellement tripale. Avec l'arrivée des communicants, la méchanceté est corsetée, lisse et terrible à la fois, comme celle dont le même Fillon a fait preuve face aux infirmières dans la même émission de télévision.

Alors que ces femmes tentaient de lui faire comprendre leur fatigue et la difficulté de leur métier, Fillon répétait en boucle : tout le monde est à 39 heures par semaine, pourquoi pas vous ?

Fillon est incapable de se remettre en cause. Alors qu'il croule sous les affaires, il nous joue la stature, la rectitude inébranlable. Il continue à nous dérouler un programme économique élaboré quand il était l'homme intègre de la droite, trop heureuse d'en avoir trouvé un. Le déphasage est immense... Pauvre miroir sans tain.

La vérité était souvent absente sur Twitter, mais le mensonge était fait d'ignorance en toute bonne foi. Avec Trump, Fillon et consorts, le mensonge est roi, la mauvaise foi de rigueur et la saturation totale. Saturé de déclarations, d'images, de slogans, d'auto-citations, d'auto-promotions... Le lambda est chassé du paradis numérique par un tri algorithmique qui privilégie des comptes populaires ou certifiés comme ceux des Trump, Fillon et consorts. L'agora se vide du peuple.

Cette machine, qui était un peu la nôtre, s'agite comme des moulins à vent dont les moulinets stériles brassent un vent mauvais qui apporte en son sein des loups peu ragoutants. Et Twitter, sans doute aussi dépité que nous, retourne dans son informatique qui possède tant de mémoire et pas un seul souvenir...



Depuis 1999 au service des associations

Inscrivez votre association dans l'Intranet et rejoignez les 29 062 associations inscrites

L'annuaire des 29 062 associations inscrites dans l'Intranet du site

Pour déposer gratuitement vos offres d'emploi ou bien les consulter

L'annuaire BlogAsso : 262 sites internet sélectionnés

Présentation de toutes les subventions allouées par l'Etat aux associations

Veuillez activer Javascript sur votre navigateur. [ ? ]