La World Company selon Suzan George

23-02-2015 SOCIETE LIBRE
Nous ne proposons que très rarement à nos abonnés la lecture d'un livre. Et c'est un tort. Partager est aussi une façon d'avancer. En la matière, le dernier livre de Suzan George est un pas de géant dans la compréhension de ce que cachent les tractations actuelles sur le traité transatlantique. Traité, qui s'il est appliqué tel que le souhaitent les entreprises transnationales nous impactera tous.

"On ne promet pas la lune. On ne dit pas que l'on a réponse à tout, mais l'on a des solutions. Notre but est de faire des sociétés décentes et rationnelles où les gens vivent à peu près bien, où il y a relativement peu d'inégalités, et où à peu près tout le monde a un emploi, est bien soigné et peut offrir une bonne éducation à ses enfants". Une telle profession de foi fait chaud au coeur et elle est signée Suzan George.

Suzan George est née le 29 juin 1934 à Akron dans l'Ohio aux États-Unis. Elle vit depuis longtemps en France et a acquis la nationalité française en 1994. En 1998, elle est membre fondateur de la première organisation Attac. Elle a été présidente de l'Observatoire de la mondialisation, membre du Conseil d'administration de Greenpeace International et France. Bref, Suzan George sait ce que l'engagement veut dire.

Son dernier livre "Les Usurpateurs : Comment les entreprises transnationales prennent le pouvoir" est à lire absolument. (1)

"Lobbyistes au service d'une entreprise ou d'un secteur industriel, PDG de transnationales dont le chiffre d'affaires est supérieur au PIB de plusieurs des pays dans lesquels elles sont implantées, instances quasi-étatiques dont les réseaux tentaculaires se déploient bien au-delà des frontières nationales : toute une cohorte d'individus ---qui n'ont pas été élus, ne rendent de comptes à personne et ont pour seul objectif d'amasser des bénéfices-- est en train de prendre le pouvoir et d'orienter en leur faveur des décisions politiques majeures, qu'il s'agisse de santé publique, d'agroalimentaire, d'impôts, de finance ou de commerce.

Ces usurpateurs s'ingèrent dans les affaires du monde à coups de financements et de renvois d'ascenseurs, s'infiltrent dans les Nations unies et, sous la houlette de Davos, œuvrent pour un monde à leur image. Ils décident du contenu de traités commerciaux stratégiques, qui se négocient dans le plus grand secret mais toujours sous l'œil attentif des représentants du secteur privé.

Cette clique entrepreneuriale tient les citoyens ordinaires sous sa coupe et ne s'embarrasse guère de l'intérêt public et du bien commun. Il est grand temps de les arrêter.
"

Et le pire est à venir. Si les entreprises transnationales gagnent le bras de fer USA / Europe, (et les représentants européens ne sont pas des lutteurs), nos élections seront vides de sens, nos représentants ne seront plus que des pantins aux ordres.

A titre d'exemple, ce que veulent obtenir les entreprises transnationales est la possibilité de faire condamner un Etat qui ne se pliera pas à ses demandes, par un tribunal arbitral privé. L'affaire Bernard Tapie nous a démontré que la justice privée était surtout privée d'éthique et de morale.

On peut alors facilement imaginer que les "Monsanto" et autres compagnies pétrolières ne se gêneront pas pour nous obliger à accepter l'exploitation des gaz de schistes ou les semences génétiquement modifiées en faisant condamner notre pays par un tribunal arbitral privé.

Mais on peut aussi comprendre que tout sera privatisé, de la santé à l'éducation en passant par la police et l'armée, tout cela au nom du principe de concurrence libre et non faussée entre des Etats qui ne seront plus que des comptables au service de ces "usurpateurs" que Suzan George décrit avec une précision d'horloger.

"Rien n'a changé. Les banquiers ont retrouvé leur belle assurance et leurs primes, les hedge funds ne spéculent plus sur la bulle immobilière, mais sur le prix des denrées alimentaires, et les gouvernements font la guerre contre les déficits armés des mêmes théories qui ont provoqué la Grande Récession." Susan George dresse ce constat sans rage ni découragement, mais seulement comme un fait déplorable qui peut toujours être corrigé. Mais elle admet aussitôt que : "l'on ne sent pas encore les populations des pays développés prêtes à prendre la rue pour crier leur ras-le-bol et réclamer des changements en profondeur." Pour encore combien de temps...

Autrefois, nous demandions que l'on mette l'imagination au pouvoir. Aujourd'hui, on se contenterait de la raison. Il y va de l'avenir, si, toutefois, nous en espérons un...

En savoir plus
(1) Les Usurpateurs : Comment les entreprises transnationales prennent le pouvoir. Susan George. Le Seuil. Lire un extrait

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