Moi Jean C. Bénévole, je souhaite être rémunéré

13-06-2016 BENEVOLAT LIBRE
Nous avons reçu, cette semaine, une lettre d'un bénévole associatif qui vit à Toulouse et qui aide sur son temps libre, l'antenne locale des Restos du coeur. Cette lettre nous a interpellé, tant ce qu'elle décrit nous semble correspondre à l'air du temps. Un temps dont les repères explosent les uns après les autres, sous les coups de boutoirs d'un "marché" libre de toute contrainte, débarrassé de toute régulation, et qui fonce sans entrave s'écraser de bon coeur contre le mur de la raison.

A la demande de Jean, nous protégeons son anonymat. Jean n'est donc pas son prénom et C n'est pas la première lettre de son nom. Voici dans son intégralité, sa lettre.

J'aide aux Restos du coeur depuis 2000. J'y suis allé parce que j'aimais beaucoup Coluche et que son association, sur Toulouse, aide vraiment les gens. Au début, je n'y allais qu'une fois par semaine. Puis, devant l'ampleur du travail, j'ai donné une soirée de plus. Cette antenne des Restos peut recevoir, en pleine campagne d'hiver, plus de 1500 personnes par jour. L'équipe bénévole est très sympa et l'ambiance nous aide dans les moments difficiles.

En 2014, la société d'aéronautique qui m'employait a préféré délocaliser ses activités de R&D (le carnet de commande était pourtant plein) vers un pays plus avantageux. Rien d'exceptionnel aujourd'hui. Je me suis donc retrouvé à 56 ans au chômage.

Naturellement, j'ai poursuivi mon activité aux Restos. Il était hors de question de laisser tomber tous ces gens qui comptent sur nous au quotidien.

Ma recherche d'emploi est demeurée vaine. Trop vieux, trop cher, plus dans le coup, les qualificatifs ne manquent pas pour "laisser à l'écart" et plus le temps passe, plus mes économies fondent. Certes, les enfants sont grands et travaillent tous. Mon épouse est professeur des écoles, la maison est payée, notre situation n'est en aucun cas désespérée.

Par simple comparaison avec la vie des gens que j'aide au quotidien à l'asso, je ne peux pas me plaindre. J'ai un toit, une famille aimante et de quoi payer mes cigarettes.

Début 2015, j'ai fêté en compagnie de tous les amis des Restos, mes 15 ans en tant que bénévole. Je n'oublierai pas cette soirée à la fois simple et chaleureuse. J'ai eu droit à un immense gâteau que nous avons partagé avec tous ceux qui étaient là et la Clairette de Die coulait à flot. Bonheur d'être là, de donner du temps aux autres et de recevoir d'eux tant de sourires, tant de regards, tant de silences...

Et puis, à la rentrée 2015, j'ai entendu que le président L.R. du Conseil Départemental de la Drôme, un certain Patrick Labaune, avait pris la décision de forcer les bénéficiaires du RSA à effectuer des heures de bénévolat au service des associations de son département.

Je ne sais pas expliquer ce qui m'a pris. Mais cette mesure m'a mis en colère. J'ai pris ma plume et je lui ai envoyé une lettre un peu verte selon mon épouse. C'était un cri du coeur, un ras le bol aussi. J'ai tenté d'expliquer à cet homme combien sa décision était stupide.

Etre bénévole, c'est s'engager librement, et gratuitement, dans une action au service des autres, sur son temps libre. Le fait de mettre en devoir, un bénéficiaire du RSA, à rendre compte de son activité bénévole auprès d'un représentant de l'Etat, est en contradiction totale avec la nature même d'un engagement basé sur le bénévolat. Peine perdue, je n'ai jamais eu la moindre réponse.

Et pourtant, il me semble lui avoir posé une question simple à comprendre :
- le bénévolat est-il toujours du bénévolat s'il est conditionné au versement d'une somme d'argent ?

Après lui, d'autres présidents de Conseils Départementaux LR ont suivi son exemple et par simple surenchère, ils en sont à exiger la présentation des relevés bancaires des bénéficiaires du RSA à des fins de contrôle. On imagine sans peine que la prochaine étape sera la couleur de peau ou bien la religion pratiquée...

Puisque ces politiques là nous tiennent dans un mépris total, quand ils se permettent de prendre en notre nom, des décisions inqualifiables de bassesses et de démagogies, je pense qu'il faut bloquer la machine. Je m'explique : ils souhaitent obliger les bénéficiaires du RSA à effectuer des heures de bénévolat pour mériter les 548,68 euros mensuels ? Très bien, parfait.

En retour, nous exigeons que l'Etat verse le RSA à tous les bénévoles qui oeuvrent dans toutes les associations de France au nom de la simple équité.

Je pense, mais je ne suis pas juriste, que pour cela, il faut déposer une QPC (question prioritaire de constitutionnalité) auprès du Conseil d'Etat.

Vous pensez pouvoir nous aider dans ce combat ? Je vous propose donc de prendre contact avec le site qui nous transmettra vos coordonnées et ensemble, tentons de faire entendre raison à des hommes politiques qui ont les oreilles bouchées par un orgueil de caste, qui un jour, les étouffera.

Soyons plus forts qu'eux, simplement parce que nous sommes les plus nombreux et que 10 cerveaux valent mieux qu'un seul.

Bien à vous.
Jean

En savoir plus
Signez la pétition : Le RSA doit être versé à tous les bénévoles

Nous avons déjà reçu, à la date du 13-06-2016, de très nombreuses réactions. En voici une qui traduit bien le sentiment général.

Témoignage de l'association Sibylline Océans
Entièrement d'accord avec Jean, cessons de stigmatiser la misère quand les bénéficiaires du RSA sont déjà à la merci de la CAF, d'AS, etc... infantilisés et donc humiliés, qu'on leur coupe les vivres sans crier gare, que la saisine du CRA qui normalement suspend les décisions ne donne rien et qu'en plus les subventions aux associations sont inexistantes !

On nous prend vraiment pour des cons.

Notre asso ne s'occupe pas de gens du RSA mais des gens du RSA sont bénévoles chez nous et si l'on avait l'argent, on les embaucherait avec grand plaisir. Il y a des compétences magnifiques qui méritent vraiment d'être valorisées autrement que par de simples "merci" et de petites attentions qui ne leur permettent malheureusement pas une vie décente (548 euros me semble bien élevée comme somme, n'est-ce pas moins de 500 euros ?).

Quand l'humain sera-t-il placé au centre de la richesse sociale ? Quand cessera-t-on de pousser les "salauds de pauvres" vers la tombe. Ne rêvons pas, le RSA n'est là que pour éviter la révolte populaire et faire taire ses bénéficiaires.




Depuis 1999 au service des associations
Jurisprudence, décrets, lois, etc.

Associations subventionnées : contrôle et audit mode d'emploi

Notre opposition au désengagement de l'Etat en matière de subventions et notre lutte contre le manque de financements des associations nous met à l'abri de tout jugement de

Porter plainte contre le président de son association : la procédure

Un président d'association est soumis aux mêmes tentations, mais aussi capable de la même loyauté que les autres présidents, qu'ils soient de la République ou pas. Ainsi,

Etre bénévole dans une association sportive, le remboursement des frais : opération compliquée

Les petites associations sportives l'ignorent souvent. Dans leur secteur, il y a bénévole et bénévole. Par exemple, n'importe quel bénévole doit pouvoir se faire rembourser les

Bénévole ou salarié : le vrai danger de la requalification

La requalification d'une mission bénévole en salariat est une pratique courante. Elle est parfois justifiée, mais c'est loin d'être toujours le cas. Et nous avons déjà fait de

Associations : premier bilan sur la création des emplois francs

C'est décidément la saison des bilans. Après celui, peu glorieux, des appels à projets du FDVA, voici celui des "emplois francs". Depuis avril 2018, est testé dans 740 quartiers

Premier bilan du fonds de 25 millions d'euros gérés par le FDVA pour aider les petites associations

Au mois de janvier, nous avons envoyé à certains de nos adhérents (1500 associations représentatives selon la méthode empirique) deux questions simples. Avez-vous répondu à un

Enfin quelques réponses sur l'avenir 2021-2027 du fonds européen d'aide aux plus démunis

Pour l'immense majorité des personnes en difficulté sociale, c'est par l'aide alimentaire que se fait le premier contact avec les associations de réinsertion et de soutien. Une

Comment être à la fois dirigeant et salarié d'une petite association ?

Une rémunération est le versement de sommes d'argent ou de tout autre avantage consenti par l'association à ses dirigeants : salaires, honoraires, avantages en nature, cadeaux,

Le nouveau code de la commande publique expliqué aux associations - suite

Après nos articles du 07 janvier 2019 - La commande publique bientôt le seul financeur des associations (1) - et du 04 mars 2019 - Le nouveau code de la commande publique expliqué

Les adhérents non dirigeants peuvent-ils consulter des documents internes à l'association ?

Le culte du secret est souvent l'art de dissimuler. Dans certaines associations, le simple fait qu'un membre ose demander la communication d'un document comptable devient un crime

Découvrir 10 autres articles
La société dans tous ses états

Les Cloches de Notre Dame de Paris

Comme tout le monde, j'ai beaucoup pleuré hier au soir devant l'inimaginable spectacle d'une forêt qui brûle. Celle-ci avait poussé sous une toiture de plomb faite de 1326 tables

Les retraités doivent-ils être sages ?

Le président de la République a demandé à Mme Geneviève Legay (1), porte-parole d'Attac gravement blessée par une charge de policiers à Nice le 23 mars dernier, de faire preuve

Voyage au centre d'un cerveau

Il est de coutume, le 1er avril, dans la presse, (oui, le poisson dans le dos est passé de mode - les plus anciens comprendront) de lâcher une fausse info au milieu du flot

Une vieille dame indigne de...compassion

Le samedi 16 mars, le restaurant Le Fouquet's était en feu sur les Champs Elysées. Les plateaux de télévision virent alors une kyrielle de bonnes âmes s'offusquer d'une telle

L'étrange obstination à vouloir vendre nos bijoux de famille

Le grand débat vient à peine de se terminer. Notre pays a donc débattu. On pouvait, naïvement, imaginer qu'une trêve législative aurait lieu pendant ce temps d'échanges, puisque

La paire de lunettes de trop

Que se passe-t-il dans la tête d'un homme qui a passé son samedi à arrêter, taper, cogner, éborgner, mutiler des gens qui lui ressemblent en bien des points, à commencer par la

Une lettre de Paris

En mai 68, le Préfet de police de Paris, Maurice Grimaud, a décidé que le maintien de l'ordre ne devait pas anéantir des vies. Il succédait à ce poste à un certain Maurice Papon

Des armes silencieuses pour des guerres sans bruits

Nous empruntons le titre de cet article à M. Lyle Hartford Van Dyke (1), auteur américain plutôt controversé, voire sulfureux. Peu importe, l'objet ici, n'est pas de rendre

Ne laissez personne dénaturer ce que vous êtes

Lettrasso m'a demandé un article à leur remettre avant lundi midi. Et nous sommes dimanche. Et bien sûr, je n'ai pas ou peu d'idées. Faire le point sur les attentes des

Street Medic : le bénévolat de tous les dangers

Le journaliste américain, qui écrit en France sous le pseudo de "Mon Oncle d'Amérique" (1) nous a envoyé un article sur le rôle indispensable des "Street Medic" (2) dans les

Découvrir 10 autres articles
Un peu d'ESS dans nos associations

Les associations sont la colonne vertébrale de la France

Les associations sont la colonne vertébrale de la France. Pas un seul secteur d'activité qui ne soit accompagné par une association. Nos structures sont l'alpha et l'oméga de

Selon les associations, le phénomène sectaire augmente de façon inquiétante en France

La définition de la secte est encore floue. Ce mot provient de deux mots latins "secare" qui veut dire couper et "sequi" qui signifie suivre. On sait qu'une secte fonctionne avec

Une application pour saisir en ligne le juge administratif

Télérecours citoyens, tel est son nom. Son rôle ? Contester les actes de l'administration devant un juge administratif, que ce soit un tribunal administratif, la cour

Fraude fiscale : on achève bien les enquêteurs

Selon un rapport du syndicat Solidaires-Finances publiques (1), le montant total de l'évasion fiscale s'élève à 100 milliards d'euros par an. Le ministre de l'Economie et des

Lutte contre l'obsolescence programmée : une association en première ligne

Nos associations sont partout et de tous les combats. Il semble donc naturel d'en trouver une qui fait de la lutte contre l'obsolescence programmée, un objectif de première

15 millions d'euros supplémentaires pour les associations en 2019 ?

C'est le 15 février dernier que le ministre de la Ville et du Logement, Julien Denormandie, a fait cette annonce. Nous avons attendu presque un mois avant de la relayer afin de

Terre de liens : une association qui a les pieds bien sur terre

Née en 2003, de la convergence de différents réseaux liés à l'éducation populaire, à la finance éthique, à l'économie solidaire, à l'agriculture biologique et biodynamique et au

Pour le collectif ALERTE, les aides sociales ne doivent pas faire l'objet de contreparties

Créé en 1994, le collectif ALERTE (1) n'est pas né du hasard, mais d'un travail de terrain où les associations ont appris à réfléchir ensemble et à agir pour une cause commune qui

Lettre ouverte d'un président à un autre président

Le président de la fédération APAJH (Association pour Adultes et Jeunes Handicapés), M. Jean-Louis Garcia, a choisi d'adresser une lettre ouverte au président de la République.

Premier point sur la feuille de route Vie associative du gouvernement

Le 29 novembre 2018, le secrétaire d'Etat à la vie associative, Gabriel Attal, (1) a présenté la feuille de route (ce qui fait un peu jargon militaire) du gouvernement pour le

Découvrir 10 autres articles