Occupation ou rupture de la vocation d'un lieu

24-04-2018 SOCIETE LIBRE
Pour nous, pauvres béotiens de la chose intelligente, l'occupation d'une usine ou d'une faculté est un moment de solidarité et de fraternité entre "lutteurs" d'une même cause contre l'égoïsme ou la cécité de quelques uns. C'est aussi beaucoup de plaisir à sentir que le nombre peut parfois faire plier l'ordre en place. A toutes les époques, l'Histoire a disposé d'occupations célèbres et de victoires non moins célébrées. Sans oublier l'Occupation de la seconde guerre mondiale...

Or, pour certains vigiles de la pensée moderniste et inclusive, l'occupation d'un lieu se résume à la rupture de sa vocation première.

On peut "bémoliser" (néologisme à utiliser sans modération) sans fin sur ces "winners" qui ont bousculé le vieux monde politique pour s'installer tranquillement dans les pantoufles encore chaudes des vieillards en allés. Mais les faits sont têtus, ils sont là pour longtemps. Ils ont les idées, le langage, la conviction d'une légitimité et la jeunesse.

Cette nouvelle aristocratie du diplôme sans le mérite, parce que fruit d'un clonage, a gagné. Comme aux USA, les petits enfants de Mai 68 sont des assoiffés de la conquête. Leurs grands parents voulaient changer le monde, leurs parents souhaitaient empêcher qu'il ne se défasse, ils ne désirent qu'une chose : réduire en poussière ce qui reste pour construire sur ce néant, un monde qui leur ressemble.

Renversement logique de générations ? Pas seulement. L'Histoire nous apprend que la victoire d'une classe d'âge sur une autre est le fruit d'une longue lutte et d'âpres négociations. Les anciens se retiraient lentement, presque sur la pointe des pieds et toujours à regrets. Macron n'a pas lutté. Il a gagné par effondrement.

Comment ne pas comprendre qu'il n'a rien à prouver ? Changer la nature des rapports sociaux et humains est facile quand ce qui empêchait l'action est tombé comme un fruit pourri. J'ai gagné parce qu'ils ont échoué. Et la preuve de cet échec est là devant nos yeux : balayée la droite, pulvérisée la gauche, démontée l'extrême-droite.

Il peut même se permettre de passer deux heures face à sa dernière opposition : la presse. Et d'en sortir largement gagnant. Peu importait le fond, c'est la forme du champion qui devait étonner. Il ne s'agissait pas d'expliquer la raison des réformes en cours, mais de montrer la force de celui qui les porte. Victoire totale.

Le philosophe Paul Ricoeur, dont Macron était proche, abordait la notion de pouvoir comme un phénomène qui mêle inextricablement rationalité et violence. Il nommait cela le "paradoxe politique". Si le pouvoir est, pour le président, le lieu d'une confrontation entre le droit et la force, alors les grévistes ont déjà perdu.

Macron se vit comme l'articulation manquante entre le dire et le faire. Il a de la France une conception optimiste qui refuse de se laisser enfermer dans le dédale des différences. Il en tire l'idée d'une identité nationale, certes ancienne, mais changeante et toujours en transformation selon les aléas des temps. Or, ce n'est pas si simple. Cette conception très matérielle des capacités de chacun à s'en sortir socialement ne peut suffire à nourrir un peuple comme le nôtre.

Pour avoir écouté les jeunes étudiants de Tolbiac, je doute que le fait de réduire la nouvelle lutte des classes, entre titulaires de diplômes importants et monnayables sur le marché du travail et tous les autres avec des diplômes poubelles, soit la seule raison des occupations.

Entendre un jeune député de 29 ans du parti "En Marche" dire que "l'occupation d'une université est la rupture de la vocation du lieu" en dit bien plus long sur le combat des étudiants que toutes les banderoles des cortèges. Macron manque de coeur. Et ce sera sa perte... un jour.



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