180 responsables associatifs appellent à renforcer les moyens alloués au service civique

28-10-2019 ESS LIBRE
Il faut vouloir lire entre les lignes pour comprendre ce que l'appel des 180 responsables associatifs vise. Avec un titre volontairement provocateur : "Monsieur le Premier ministre, investissons dans ce qui marche !", cette lettre ouverte à Edouard Philippe demande un renforcement des moyens alloués afin que les missions de service civique puissent être proposées à tous les jeunes, plutôt que de gaspiller un "pognon de dingue" (1 milliard 500 millions tout de même) dans un Service National Universel aussi inutile qu'inutile (1).

C'est la loi du 10 mars 2010 qui a créé le Service Civique. Avec un double objectif : mobiliser la jeunesse de 16 à 25 ans et lui proposer un nouveau cadre d'engagement.

Depuis sa création, le Service Civique a permis à plus de 370 000 jeunes de s'engager dans une mission d'intérêt général. Une réussite pour l'Agence du Service Civique et un bilan extrêmement positif pour une jeunesse qui, avec cette expérience, construit et incarne au quotidien la société de l'engagement.

Et cela se reflète dans le rapport d'activité de l'Agence du Service Civique pour l'année 2018. En effet, l'année 2018 a été marquée par une hausse de 14% de volontaires engagés, représentant ainsi plus de 140 200 jeunes ayant effectué une mission d'intérêt général, de 6 à 12 mois. C'est 3 fois plus qu'en 2015.

Alors la mise en place du Service National Universel, qui vient concurrencer budgétairement le Service Civique, ne peut qu'être mal perçu par un secteur associatif déjà bien meurtri depuis 2017. La lettre ouverte reflète pleinement la déception que la promesse du candidat Macron "à rendre le Service Civique universel et accessible à tous les jeunes" se soit transformée en un SNU sans autre orientation que de singer un service militaire désuet.
Lettre ouverte à monsieur le Premier ministre,

Nous sommes dirigeants associatifs, responsables d'organisations étudiantes et environnementales et mouvements de jeunesse, entrepreneurs, élus de terrain, journalistes, artistes, sportifs, simples citoyens, etc. De près ou de loin, nous avons tous été témoins de la force du Service Civique.

Ce dispositif de mobilisation citoyenne des jeunes, et de soutien à leur insertion sociale et professionnelle, créé par la droite, développé par la gauche, est reconnu aujourd'hui par tous comme utile et transformateur tant pour les jeunes que pour notre société.

Depuis 2010, le Service Civique permet aux jeunes de 16 à 25 ans de consacrer 6 à 12 mois de leur vie à un engagement citoyen au service de l'intérêt général. 6 à 12 mois pour être contributeurs actifs de cette société qu'ils ont souvent l'impression de subir, 6 à 12 mois pour regagner confiance en eux et en notre société, pour développer des compétences, gagner en expérience, s'aider eux-mêmes en aidant les autres.

97% des 140 000 jeunes qui s'engagent en Service Civique chaque année sont satisfaits ou très satisfaits de leur expérience. Le taux de satisfaction des structures qui les accueillent, associations, collectivités locales, établissements publics, est tout aussi élevé. Après leur service civique, 74% des jeunes sont en emploi ou en formation, poursuivant des projets personnels qu'ils ont généralement choisis, car mûris pendant leur service civique.

Une récente étude du cabinet GoodWill Management confirme d'ailleurs que chaque euro investi par l'Etat dans ce dispositif en rapporte au moins 2 à notre collectivité, en économies de charges comme en services rendus par les jeunes à la Nation. Dans un pays qui cherche à rationaliser sa dépense publique, c'est une évaluation que nous nous devons de prendre en considération.

Pendant la campagne présidentielle, le candidat Emmanuel Macron s'était engagé dans une "lettre ouverte à la jeunesse", convaincu de la force de ce dispositif unique en son genre, à rendre le Service Civique universel et accessible à tous les jeunes. Malheureusement, les budgets alloués au Service Civique par votre gouvernement depuis 2018 ne permettent pas d'honorer cet engagement.

Malgré une trajectoire budgétaire positive, les trop faibles augmentations du budget alloué à l'Agence du Service Civique ont de fait limité le nombre de missions de Service Civique proposées aux jeunes. Une moyenne de 1 600 postes supplémentaires par an proposés par votre gouvernement depuis 2017, soit 10 fois moins que l'augmentation annuelle constatée entre 2015 et 2017. Cela représente une part bien faible des 100 000 jeunes désireux de s'engager dans un Service Civique auxquels, chaque année, nous sommes incapables de répondre favorablement.

A l'heure où notre pays fait appel à la cohésion républicaine, où notre gouvernement veut lancer un service national court dont le principal objectif est justement de promouvoir l'engagement, il nous faut poursuivre la courbe de croissance du Service Civique engagée en 2015, afin d'être en mesure de le proposer peu à peu à tous les jeunes ! Et répondre aussi aux enjeux (que vous portez par ailleurs) du développement de la réciprocité.

Freiner la dynamique de développement du Service Civique reviendrait à mener une politique publique contradictoire, en n'investissant pas dans un dispositif d'utilité sociale qui a aujourd'hui fait ses preuves. Le Service Civique est un outil de réconciliation républicaine, de mixité sociale, de développement de l'esprit d'engagement et d'ouverture au monde. Nous en appelons à la continuité des politiques publiques, et à la cohérence de la politique gouvernementale : Investissons dans ce qui marche, investissons dans un développement réellement ambitieux du Service Civique.

Il en va de notre avenir, de l'avenir des jeunes, et de l'avenir de notre cohésion sociale. Il en va de la cohérence de nos politiques publiques.

En savoir plus
(1) Service National Universel : premiers pas et premiers doutes

Je signe la Lettre ouverte au Premier ministre : "Le Service Civique est un outil de réconciliation républicaine qui a fait ses preuves. Investissons dès 2020 dans son développement. Investissons dans ce qui marche ! Le formulaire de signature

L'Agence du Service Civique





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