05-03-2018  ESS LIBRE

Associations et bénévoles : chaque jour il vous est demandé de justifier votre utilité sociale

S'il n'existe pas encore de consensus sur le terme à employer pour qualifier l'apport des associations à leurs bénéficiaires et à la société (utilité sociale, valeur sociale, impact social, etc.), en revanche nos financeurs institutionnels (ou pas) nous obligent de plus en plus à démontrer les effets réels de notre action sur les bénéficiaires et sur le territoire. Il ne suffit plus de faire ni de le faire savoir, il faut maintenant la preuve de l'utilité de notre savoir-faire.

Ce glissement dans cette nouvelle forme d'exigence est le résultat d'un raisonnement économique que nous connaissons tous par ailleurs. Le "marché" se gargarise de statistiques et d'algorithmes comme si la recherche de la preuve était la preuve elle-même.

Le "marché" quantifie tout, rien n'échappe à sa rapacité. Cela lui permet de spéculer aussi bien sur la découverte d'un gisement de pétrole que sur la valeur du blé. Il n'y a plus de hiérarchie dans les besoins humains, simplement des chiffres, des dates de valeurs, des statistiques et des montants. Tout est mesurable puisque tout se vend.

Jusqu'à là, le secteur associatif était préservé de cette vision utilitariste de l'autre. C'était même, selon certaines enquêtes, la raison pour laquelle de nombreux jeunes cherchaient à travailler au sein de nos structures. Donner un sens à son existence par le choix d'un travail en dehors du libéralisme débridé. Mais sous l'action combinée des "laboratoires d'idées" comme la Fonda et des organismes "au service des associations" comme l'Avise (1), le libéralisme s'est imposé jusque sur nos rivages.

Nous avons longtemps été les seuls à juger sévèrement cette dérive. Nous avons même été largement moqués. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Mais hélas, le loup libéral est bien dans la bergerie et il a fait des petits en grand nombre.

Nous avons reçu la lettre d'information de la COFAC (Coordination des Fédérations et des Associations de Culture et de Communication) qui est une coordination qui rassemble une vingtaine de fédérations (plus de 40.000 associations) culturelles. Elle pèse donc un certain poids, voire un poids certain. Marie-Claire Martel est la Présidente de la COFAC.

Son édito de mars 2018 est le parfait éclairage de ce que nous dénonçons depuis si longtemps. Bonne lecture.

Les 260 000 Associations culturelles sont très majoritairement dans le champ non lucratif. Elles créent pourtant de l'emploi pour 35% d'entres elles. Elles ne vendent rien. Elles ne distribuent aucun bénéfice monétaire. Cela ne signifie pourtant pas qu'elles ne produisent rien !

Mais voilà leur grand tort : ce qu'elles produisent n'est pas toujours quantifiable et pire encore, pas quantifiable en termes monétaires !

Leur apport à notre société est si protéiforme qu'il faudrait une armée de sociologues, géographes, économistes et statisticiens pour le quantifier, sans même avoir la certitude que l'on aura bien tout regardé.

Or nos projets associatifs sont résolument tournés vers l'action et la fonction des artistes, professionnels ou amateurs, est de créer et non de produire des statistiques.

Prenons simplement deux exemples :
- d'abord celui d'une Association oeuvrant dans le domaine du Patrimoine qui s'implique pour faire revivre un centre bourg ancien. Les retombées touristiques lui seront-elles imputées ?
- La réouverture d'un commerce qui permettra à des dizaines de nos aînés de rester chez eux plutôt que d'aller pendant des années dans un EHPAD et qui générera une non dépense pour la collectivité lui sera-t-elle créditée ? L'implication des bénévoles sera-t-elle reconnue comme ayant contribué au maintien sur le territoire de dizaines de familles ? Cette liste n'est évidemment pas limitative.

Ou encore que dire de l'impact social d'une école de Musique associative ? Elle fait vivre les professeurs et leurs familles, les luthiers du territoire ; entre passé, présent et futur elle diffuse notre patrimoine immatériel et participe de l'émancipation des citoyens de tous âges du territoire ; autour de la pratique artistique elle fait se rencontrer toutes les générations et contribue à combattre l'isolement social.

Mais plus encore le premier impact social des artistes, bénévoles et Associations culturelles est de transformer notre société en civilisation. Quelqu'un peut-il dire le prix de cette transmutation là ?

Marie-Claire Martel
Présidente de la COFAC
Coordination des Fédérations et Associations de Culture


Nous n'avons rien à ajouter à ce constat, sinon que nous nous sentons moins seuls. Merci madame.

En savoir plus
(1) ESS et création de valeur : un petit rapport pour une grande imposture et L'initiative French Impact : une couche de plus sur le mille-feuille social et solidaire

Le site de la COFAC (Coordination des Fédérations et des Associations de Culture et de Communication)

Comment l'Avise "vend" la mesure de notre "utilité sociale"

Comment le LaboESS "vend" la mesure de notre "utilité sociale"

Comment la Fonda, l'Avise et le LaboESS s'unissent pour "vendre" la mesure de notre "utilité sociale" auprès des financeurs et autres décideurs depuis des années

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Associations et bénévoles : chaque jour il vous est demandé de justifier votre utilité sociale 
S'il n'existe pas encore de consensus sur le terme à employer pour qualifier l'apport des associations à leurs bénéficiaires et à la société (utilité sociale, valeur sociale, impact social, etc.), en revanche nos <a href="https://www.loi1901.com/breves_associatives.php?moteur1=1192" target="_blank">Lire la suite sur Loi1901.com</a>

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