02-05-2017  SOCIETE LIBRE

Le bonjour est maintenant payant

"L'amour ne peut plus voyager, il a perdu son messager, c'est lui qui venait chaque jour, les bras chargés de tous mes mots d'amour..." Dans sa chanson, le Facteur, Georges Moustaki nous chante le messager des amoureux, proche de ses "usagers", à pieds, en vélo, en mobylette, en auto. Les PTT avaient quadrillé la France avec ses bureaux et facteurs. Le groupe La Poste invente la désertification et l'offre payante "Veiller sur mes parents."

Bien sûr il fallait trouver, face à l'avènement de la société numérique, un avenir au courrier et du travail pour les 260 000 "collaborateurs" du Groupe la Poste. Mais... il y a la manière.

Veiller sur mes parents : des visites régulières du facteur qui maintiennent le lien social. La Poste propose aux familles qui ont un parent âgé, seul à domicile, de souscrire un abonnement qui donne droit à une visite régulière du facteur. Le tarif, pour 2 visites par semaine, est de 59,90 euros et 94,90 euros pour 4 visites. Forfait à 134,90 euros pour 6 visites par mois. Excellent thermomètre pour mesurer la force de l'amour filiale...

Ainsi, dans sa tournée, en plus des prospectus, des lettres surtaxées qui doivent vraiment arriver, des "suivies" qui arriveront et des ordinaires qui patientent, le facteur se voit affecté, forfaitairement, 6 minutes par visite sur son temps de travail pour "maintenir le lien social" et vérifier si le vieux n'a pas cassé sa pipe, contrat oblige...

Le décret 2010-191 du 26 février 2010 qui transformait La Poste en société anonyme promettait : "Cette transformation ne peut avoir pour conséquence de remettre en cause le caractère de service public national de La Poste. Elle ne change en rien ses missions, dont la distribution du courrier sur tout le territoire et le maintient de ses dix-sept mille points de contact en France." Tout est dans l'euphémisme du terme "points de contact"... Et un de profundis... pour les bureaux de Poste.

La fermeture des bureaux de Poste, des gares, des hôpitaux, des tribunaux transforme la majeur partie de notre pays en désert que les entreprises cherchent à fuir, car l'absence de services publics tue l'emploi plus sûrement que la délocalisation.

Mais oublions un instant les campagnes et tentons de comprendre le fonctionnement de la Poste. Pourquoi une telle répartition des bureaux avec une aussi forte concentration dans les seules très grandes villes ?

Prenons l'exemple d'une ville moyenne : Le Bourget (93) 16 028 habitants et un seul bureau de poste. Et maintenant, le 11ème arrondissement de Paris : 154 647 habitants et 11 bureaux de poste soit un pour 14 000 habitants. La répartition semble logique sauf que... Le Bourget = 2.08 km2 et le 11ème = 3,67 km2. Trouver le bureau de poste du Bourget est autrement plus compliqué que de rater l'un des 11 du 11ème...

Alors, avec cette logique d'un bureau pour 15 000 habitants, on comprend sans peine qu'un gros village de 3000 âmes n'apparaisse même pas dans les radars de cette "société anonyme" en charge de maintenir un "service public national" qui a visiblement perdu le nord.

Mais avec l'offre payante "Veiller sur mes parents", on touche le fond de l'ignominie. Les facteurs ont toujours assumé un rôle social important, particulièrement en milieu rural, un vrai service public de proximité. Ils prenaient, gratuitement gentiment, des nouvelles des personnes, âgées ou pas, lors de leur tournée, ce qui est à l'opposé du modèle rationnel en vigueur partout.

Alors, pour "faciliter" le travail des facteurs et surtout imposer sa rationalisation, la Poste a commencé par implanter des boites aux lettres à distance des maisons. Il était donc logique que la phase d'après soit de faire payer le service qui consiste à recréé ce qui a été supprimé. Cerise sur le gâteau, la Poste joue en plus sur la mauvaise conscience des enfants vis-à-vis de leurs parents vieillissants, "abandonnés" dans la solitude d'une campagne "loin de tout". C'est vraiment dégueulasse !

Comment faire comprendre aux dirigeants de cette société "anonyme" qu'est devenue La Poste, à ces crânes d'oeuf, formés dans nos grandes écoles, biberonnés au marché autorégulateur et à la mondialisation heureuse, comment leur dire que sans violence, sans haine, sans mépris apparent, ils poussent les électeurs dans les bras de Marine Lepen ? Il manque à ces gens l'intelligence du coeur, celle qui ne s'apprend pas.

Bernie Sanders, l'adversaire malheureux de Hillary Clinton lors de la Primaire Démocrate aux USA avait déclaré, en clôture de son dernier meeting : "Tout ce qui nous effrayait du communisme - perdre nos maisons, nos épargnes et être forcé de travailler pour un salaire minable sans avoir de pouvoir politique - s'est réalisé grâce au néolibéralisme. Il est temps de renverser la table."

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Veiller sur mes parents : un service de La Poste



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Le bonjour est maintenant payant 
"L'amour ne peut plus voyager, il a perdu son messager, c'est lui qui venait chaque jour, les bras chargés de tous mes mots d'amour..." Dans sa chanson, le Facteur, Georges Moustaki nous chante le messager des amoureux, ...  <a href="https://www.loi1901.com/intranet/a_news/index_news.php?Id=2425" target="_blank">Lire la suite sur Loi1901.com</a>

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