Microfinance et maxigénérosité ou minifinance pour maxiprofits

22-09-2008
L’activité de microcrédit ou microfinance, consiste en l’attribution de prêts de faible montant à des entrepreneurs, à des associations ou des artisans qui ne peuvent accéder aux prêts bancaires classiques. Le microcrédit se développe surtout dans les pays en développement, où il permet de concrétiser des microprojets favorisant ainsi l’activité et la création de richesse mais se pratique de plus en plus dans les pays développés comme la France. Le système a été développé par le professeur d’économie Muhammad Yunus surnommé le banquier des pauvres (prix Nobel de la paix 2006) au cours des 30 dernières années.

La Banque mondiale avait recensé en 2006, 10 000 institutions de microfinance dans 85 pays, au service de 130 millions de personnes pour un encours de 30 milliards d’euro. C’est dire l’importance de l’enjeu.

A la vérité et au simple examen des faits, il semble que la microfinance profite bien d’avantage aux riches actionnaires du Nord, plutôt qu’aux pauvres clients du Sud...

En effet, Muhammad Yunus a piqué une grosse colère cet été lors d’un sommet sur le sujet à Bali, à propos des dérives de la microfinance et du microcrédit. Il en a profité pour asséner quelques vérités simples. Le microcrédit a été inventé pour sortir les pauvres des griffes des usuriers. Si les micro-prêteurs facturent des taux d’intérêt énormes, ils ne font pas partie de la famille !

Des taux d’intérêts plus élevés que le secteur bancaire traditionnel
Les adversaires du microcrédit lui opposent souvent les taux élevés de certains prêts (environ 20%). Ils regrettent aussi que ce mécanisme détourne les actions des autres programmes comme la santé, l’éducation ou l’eau. Une étude réalisée en 2004 estime que le microcrédit favorise des activités peu rentables et devrait s’accompagner de programmes sociaux. Certains acteurs du microcrédit dénoncent des organisations non gouvernementales qui utiliseraient le microcrédit comme source de financement.

Il faut reconnaître que le paysage de la microfinance change à toute allure. De grandes banques et de très grands fonds d’investissement se sont aperçus que la microfinance pouvait être un investissement très rentable, car, dans certains cas, on prête très cher aux pauvres et les pauvres remboursent très bien (car ils ne peuvent très souvent pas faire autrement).

Compartamos : de l’ONG à la banque...
Selon Benoit Granger, ancien journaliste (à Libération entre autres) et aujourd’hui financier solidaire, l’histoire qui provoque un débat violent dans l’univers de la microfinance est celle de Compartamos.

Cette ancienne ONG a développé des programmes au début des années 90 pour faire des microcrédits aux femmes pauvres de la banlieue de Mexico. Puis, pour assurer son développement comme le justifiaient ses dirigeants, s’est transformée en société commerciale en 2000. Puis, se développant très vite, elle a demandé un agrément pour devenir une banque. Ses dirigeants ont introduit la société en bourse à Mexico et à New York en avril 2007 : la rentabilité était telle que la demande excédait 13 fois l’offre et qu’elle était valorisée près de 2 milliards de dollars par le marché. Aussitôt, les cadres dirigeants de l’institution de microfinance ont vendu les actions qu’ils avaient souscrit, faisant au passage une plus value de 300 pour 1 : ils vendaient 300 dollars en 2007 des actions qu’ils avaient achetées 1 dollar en 2000 !

Vous avez dit rentable ?
Prêter de l’argent à plus de 100 % de taux d’intérêt à des femmes pauvres sans jamais réajuster ses conditions alors que l’évolution de ses performances le lui permettait, place Compartamos dans la cour des grands prédateurs financiers...

Et les autres prêteurs ?
On observe un silence gêné dans l’univers de la microfinance. Notamment, de la part du CGAP* par exemple, qui regroupe les grands donateurs privés et publics, et qui n’a pas condamné clairement l’opération. L’Organisation internationale du travail dénonce cette situation dans une étude publiée en juillet 2008.

A suivre...

En savoir plus
* Le Groupe consultatif d’assistance aux pauvres (CGAP - www.cgap.org) est un pôle de référence pour le secteur de la microfinance visant à produire des standards, à proposer des services d’appui technique et de conseil ainsi que des formations et de l’information sur les meilleures pratiques en sus d’apporter des cofinancements aux projets innovants. Ses 33 membres - comprenant des donneurs bilatéraux, multilatéraux et privés - sont engagés dans la construction de secteurs financiers inclusifs adaptés pour les pauvres. En 2004, le G8 a approuvé les principes clés de la microfinance du CGAP.

L’ex ONG devenue banque : Compartamos
L’introduction en Bourse de Compartamos



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