Le Canard enchaîné titrait cette semaine : "Code du travail : que demandent les patrons ? Oh juste quelques Medefications !" Difficile de taper plus juste. Après la réforme par ordonnances du Code du travail, le coup de rabot sur les APL, la "Medification" de l'ISF (1), voici la suppression des emplois aidés. On sent bien l'orientation politique. Que des réformes soient nécessaires, nul ne le conteste. Mais devant un manque aussi criant d'équilibre, l'adhésion du plus grand nombre à ces changements est hautement improbable. Idéologiquement notre président ne possède pas d'ossature. Il est capable de soutenir tout et son contraire. Il a simplement derrière lui des forces financières qui ont édicté un programme économique précis qu'il entend suivre tant que la rue ne le débordera pas. La fin de l'alternance factice droite-gauche n'est, pour ce pouvoir financier, que le meilleur moyen de prendre enfin les choses en main. Notre président s'y prête de bonne grâce, il leur doit tant qu'il n'a rien à leur refuser. Ceci n'est pas une découverte, nous le savions tous, "marcheurs" ou pas. Ce qui est nouveau, en revanche, c'est l'inconscience avec laquelle ces mesures sont annoncées. Le pouvoir politique nous a habitué à avancer sur la pointe des pieds quand il s'agit de nous "vendre" les décisions bruxelloises. Là, pas d'état d'âme, c'est marche ou crève, marges (des actionnaires) ou grèves (des salariés). Cet art de vouloir passer en force n'est pas sans rappeler une certaine Dame de fer qui a transformé une Angleterre industrielle en une place financière garante des intérêts particuliers. Mais nous ne sommes plus dans les années 80 et notre président n'est pas de ce fer dont on fait les pots. Il ne doit son élection qu'à la présence de Marine Le Pen au second tour. L'épouvantail FN a encore fonctionné en 2017. Cela risque d'être la dernière fois... Les emplois aidés : "coûteux et pas efficaces dans la lutte contre le chômage". C'est la ministre du travail, Muriel Pénicaud, qui administre cette conclusion abrupte. En 2016, 354 000 personnes bénéficiaient d'un contrat aidé dans le secteur non marchand (associations, collectivités, administration) et 654 000 dans le secteur marchand (selon la DARES). Soit 1 008 000 personnes au travail pour un coût de 3 milliards d'euros par an. C'est certes cher, mais face au 125.000 emplois créées par le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) dont le coût annuel est estimé à environ 20 milliards d'euros, c'est donné. Pas la peine de se lancer dans de subtiles divisions pour connaître le coût "emploi créé/somme investie" de chacun des deux systèmes. Y'a pas photo comme disent nos ados. Alors pourquoi supprimer un type de contrats courts, certes perfectible, et laisser en place le CICE ? Et surtout, la suppression intervient avant même toute réflexion sur ce qui pourrait remplacer les contrats aidés. Depuis l'annonce de cette disparition, Pôle emploi explique tranquillement que les CAE ne sont plus financés par l'Etat. Avez-vous vu passer un décret, une circulaire, voire même une note ? Cette situation est tout simplement ubuesque. Les dirigeants de l'association LieU'topie ont mis en ligne une pétition (2) qui a pour titre : "Suppression des Contrats Aidés, c'est la fin des Associations !". Dans le texte de présentation, ils expliquent fort justement que : "si nous continuons en ce sens, les associations se verront obligées de faire un choix : mourir, ou se tourner unilatéralement vers l'économie de marché pour se financer." Pour mémoire, le gouvernement précédent "de gôche" a initié l'investissement à impact social (3). Non, les associations ne vont pas mourir, elles seront simplement ce que l'Europe a décidé qu'elles soient depuis le traité de Lisbonne (4) : un Service d'Intérêt Economique Général (SIEG) (5). En savoir plus (1) L'impôt sur la fortune immobilière (IFI) tel que l'envisage Emmanuel Macron consiste à sortir les placements financiers, l'épargne et les autres valeurs mobilières du patrimoine taxable de l'ISF pour ne conserver que les valeurs immobilières. Cela reviendrait à supprimer 49% de l'assiette de l'ISF. Le manque à gagner pour l'Etat serait de deux milliards d'euros à court terme. L'objectif est toujours le même : ramener les exilés fiscaux en France et les inciter à investir dans les entreprises françaises. Une comptine pour enfants que l'on nous sert depuis 20 ans. (2) Suppression des Contrats Aidés, c'est la fin des Associations ! La pétition (3) Social Impact Bonds (investissement à impact social) : Casino Royale ou Dangereusement vôtre ? (4) Le traité de Lisbonne régit actuellement le fonctionnement de l'Union européenne. Adopté en 2009 après le rejet du traité établissant une constitution pour l'Europe (TECE) par la France et les Pays-Bas en 2005, il a été ratifié par les deux chambres réunies en congrès à Versailles au mépris de la démocratie référendaire. (5) Le guide des Services d'intérêt économique général (SIEG) et obligations de services publics
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